EXOTIQUE ou ENDÉMIQUE ?

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SAUVAGE OU CULTIVEE 

EXOTIQUE OU ENDEMIQUE 

COMMENT FAIRE UN CHOIX ET L’ASSUMER ? 

Je suis jardinier et non jardinière car la jardinière est selon le Larousse d’abord « un petit meuble caisse ou bac garni de terre dans lequel on cultive des plantes ou des fleurs. Des plantes ou des fleurs ? Ou encore « Un assortiment de différents légumes coupés en petits morceaux et cuits ensemble »et enfin « une espèce d’insecte coléoptère ». Aussi j’ai choisi d’être jardinier, Jardinier-paysagiste. Mon métier est de réfléchir à des aménagements, à des concepts et pour ce faire j’ai étudié, observé, pratiqué, je me dois de connaître la botanique ainsi que les meilleurs hybrides.

IMG_20210729_190624.jpgNotre rôle est d’accompagner et de conseiller nos confrères et consœurs, nos clients, les agents des collectivités qui nous font confiance et attendent de nous des compositions végétales adaptées à leurs projets et à leur environnement. Aussi, je considère que le plus important dans ces prestations est d’aider les jardiniers à obtenir des résultats satisfaisants. Nous avons tous rencontré des personnes affirmant qu’elles n’ont pas la main verte. Je peux constater qu’ici personne ici n’a la main verte, aucun de nous n’est né avec une pigmentation chlorophyllienne. Nous réussissons parce que nous observons, nous connaissons nos terroirs et tentons de faire les bons choix dans la sélection des végétaux que nous implantons, nous connaissons les bonnes adresses de producteurs et savons comment procéder pour entretenir et garder en bonne santé les plantes. Lorsque nous nous adressons à des jardiniers débutants ou à des agents peu formés à qui il est demandé de gérer des espaces verts et de remplacer les néons de la salle des fêtes du village nous nous devons de les mener à de bons résultats, de leur proposer des végétaux adaptés à leurs environnements en prenant en compte leurs capacités et le temps disponible qu’ils auront pour prendre soin des végétaux. Nos clients nous consultent pour ça et les investissements en jeu parfois importants doivent donner de bons résultats sur le plan esthétique évidemment mais plus important encore, les plantes doivent pousser pour s’exprimer pleinement !

Nous sommes pour ainsi dire les seuls artisans à travailler avec du vivant, ce qui est probablement le matériau le moins stable au vu des nombreux vecteurs qui doivent être pris en compte pour obtenir l’optimum. Nos connaissances de techniciens nous permettent de proposer des compositions harmonieuses tant pour ce qui est des volumes et des circulations, que pour les hauteurs des plantes, le choix des teintes, des textures et des graphismes et la succession des floraisons. Des milliers de plantes sont à notre disposition pour travailler, toutes les nuances de rose partant du blanc jusqu’au rouge, toutes les formes de fleurs, des silhouettes de toutes forme : érigées, souples, rampantes, arrondies…


Répondre à une demande c’est proposer des plantes adaptées, faire des compositions esthétiques et sortir des clichés du jardin pour proposer de la diversité, des plantes parfois méconnues tout ça en prenant en compte les contraintes et les besoins de chacun. Bien entendu une fois que l’on a répondu à toutes ces questions d’ordre technique le résultat doit être beau, pourquoi pas poétique, inspirer un sentiment de bien être à l’usager et c’est déjà beaucoup !

Alors nous sommes en mesure de concevoir toutes sortes de jardins ou d’aménagements publics et de répondre à des demandes ou des concepts particuliers car chaque personne, chaque commune a sa sensibilité particulière, aussi nous pouvons être amenés à proposer des aménagements disons de style sauvage.

De style sauvage, ou naturel mais nous sommes des êtres savants, nous ne sommes ni le vent ni l’oiseau pour réussir le miracle des développements spontanés, il me semble qu’il serait fort présomptueux de prétendre créer des espaces sauvages. Qu’est ce qui est sauvage aujourd’hui ? « Vous n’en avez pas marre de faire les sauvages ? » nous demandaient nos parents quand enfants le chahut dépassait les limites du tolérable. En effet, on peut « faire du sauvage, faire les sauvages » mais je ne crois pas que l’on puisse faire plus. Choisir par exemple certaines plantes pour leur capacité à coloniser des espaces sur le plan horizontal comme vertical afin qu’elles créent de grands tapis ou se ressèment sur les murs, ça c’est possible! Autant le peintre cherche sans répit à transcrire la lumière de l’aube, ou le poète à traduire le sentiment de désespoir, autant nous techniciens, restons le nez dans nos flores ou bien à battre la campagne pour observer la végétation spontanée, nous ne sommes plus en mesure de proposer des compositions naturelles au sens strict. A mon sens les « espaces naturels », ce qui est déjà un bien grand mot, pourraient être comparés à l’art brut. Si l’on reprend la définition de l’ART BRUT il est écrit : « Art spontané pratiqué par des personnes ayant échappé au conditionnement culturel ». Or, nous sommes à l’opposé de ces pratiques naïves, nous avons appris, les rayons de nos bibliothèques sont remplis d’encyclopédies et de monographies sur nos plantes favorites que nous consultons pour savoir et réussir nos projets.

Je suis d’une génération à laquelle on a enseigné la gestion différenciée, comme les compositions dans le style du jardin naturaliste, ces pratiques positives pour l’environnement, et favorisant la biodiversité sont le socle sur lequel nous travaillons au quotidien. En revanche, je reste convaincue que ces compositions dites « naturelles » travaillées sur une base de plantes endémiques doivent être appuyées par d’autres végétaux, hybrides naturels ou variétés pour des raisons esthétiques ou ne serait-ce que pour prolonger les périodes de floraison.

Le département de la Dordogne dès 2011 a engagé une démarche zéro phyto, bien avant la loi Labbé en 2017, le début d’été de cette année 2021 ayant été particulièrement pluvieux les routes étaient bordées de longs rubans fleuris, hauts, denses et colorés ! Quelle joie ! Bien entendu, ici aucun concepteur n’a travaillé sur sa table à des compositions naturelles, qui auraient coûté une somme importante aux contribuables. Imaginez : La conception + La fourniture + les agents pour les plantations + les agents de sécurité sur la route pour protéger les agents qui plantent et arrosent. C’est impensable. Au lieu de cela, on a décidé de laisser faire le vent et l’oiseau et c’est très réussi

Nous ne sommes pas non plus des sorciers, notre matière première vivante, ne nous permet pas de répondre à toutes les demandes. En Périgord, certaines maisons et par conséquent certains jardins sont posés sur la dalle calcaire, avec une couche de terre disponible parfois réduite à une vingtaine de centimètres, une typicité réduisant les possibilités en termes de choix des végétaux. Adieu Rhododendrons, Magnolias, adieu sujets en conteneurs d’un volume supérieur à 20L, bonjour patience et résilience. Aussi, si d’aventure notre client a envie d’exotisme dans son jardin, nous ne lui proposerons ni de faire de grandes poches de terre de bruyère ouvertes au marteau piqueur, ni de fog system pour son Dicksonia car c’est voué à l’échec. Dans ce genre de situation, si après réflexion, observation et discussion avec le client, il reste sur ses rêves d’exotisme, nous refusons le chantier. L’histoire des jardins est faite de rêves d’ailleurs, d’espoirs de possession du sujet introuvable et de fiertés d’acquisitions de plantes merveilleuses. Pour moi, l’Azalée, le Meconopsis, ou l’Hepatique sont exotiques, c’est un grand bonheur de les voir dans leurs milieux mais nous n’en proposons pas car nous ne voulons pas faire des modifications profondes des milieux pour des résultats qui seront à coup sûr décevants. Il reste encore une palette de végétaux immense pour travailler l’exotisme au jardin. Aussi, considérant qu’exotique ne veut pas dire tropicale, les sud-américaines ou encore les africaines d’altitude vivant dans sous des climats plus similaires au nôtre ne nécessitent pas de soins particuliers pour se développer et donnent d’excellents résultats et ces vers ce type de végétaux que nous préférons nous tourner.

Les expéditions botaniques nous ont rapporté quantité de trésors des quatre coins du monde, certaines plus facilement adaptables à nos climats que d’autres, nous plantons volontiers les Epimedium, les Bohemeria, Phyla, ou encore Nepeta pour leur capacité à coloniser les milieux et à occuper le sol. Pour des raisons écologiques, esthétiques et pour résoudre les contraintes liées à l’entretien. Nous plantons volontiers les Agaves, les Gingko, ou les Eucalyptus, on les choisit donc pour leur beauté, leur originalité et le gigantisme de leurs silhouette dans l’avenir. Toutes ces plantes ont été introduites par des voyageurs botanistes, elles ne présentent à ma connaissance aucun risque pour la biodiversité dans nos régions et elles poussent bien ! Alors pourquoi devrions-nous faire un choix et prendre parti pour l’exotique ou pour l’endémique ? Certaines exotiques ont déréglé les milieux, c’est indéniable et je n’ai pas cherché à calculer ce qu’elles représentent en pourcentage par rapport au volume des autres exotiques introduites sur notre territoire, le chiffre doit être très petit. A peu près aussi petit que l’esprit de ceux qui persistent à penser qu’il en est de même pour les Hommes. Quelle civilisation serions-nous si nous ne nous étions pas mélangés?

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